François Gaudreau (4e dan)

Portrait de François Gaudreau (4e dan)

Zone régionale: 

02 - Laval, Laurentides, Lanaudière, Outaouais et Abitibi-Témiscamingue


Lorsque j’étais un jeune adolescent  de 13 ans, j’aimais le cinéma.  Un jour, au théâtre du village, on a présenté un film où tous les gens qui en sortaient, s'amusaient à donner des coups de pied partout et ils en parlaient comme si c'était le meilleur film d'action de tous les temps.  Ce film s'intitulait «La fureur de vaincre», mettant en vedette un certain Bruce Lee.  Le lendemain du visionnement, je me suis fabriqué une paire de «nunchaku».  Ce n’était pas évident d'être autodidacte avec ce truck-là!  Après plusieurs bleus et bosses, je me suis mis en quête de dénicher une école de Kung Fu dans la région.  Il n'y en avait pas.  Il y avait bien une école de karaté, mais moi, c'était du Kung Fu que je voulais faire.  J’ai dû abandonner l'idée, car au cours de mon adolescence, je jouais du hockey de haut niveau et ça prenait tout mon temps.  Lorsque j’ai réalisé que je ne ferais jamais la Ligue nationale de hockey (LNH), j’ai enfin trouvé une école d'arts martiaux qui s'apparentait un peu au Kung Fu.  Avec un peu de recul, nous, les élèves avons réalisé que c'était en réalité un style maison.  Le maître s'intéressait plus à notre portefeuille qu'à notre bien-être.

Un jour, Ivan Hogan, qui avait pratiqué un peu de «Kung Fu» avec moi, m’a abordé en me disant qu'il avait trouvé un endroit où il se pratiquait du karaté.  Il m’a invité à venir essayer.  En plus, ça ne coûtait presque rien.  À cette époque, les écoles prêtaient gratuitement leur gymnase pour des activités sportives.  Je me suis rendu sur place avant l’arrivée du professeur et je me suis assis sur un banc en regardant quelques élèves, tous des débutants, qui pratiquaient des mouvements sur place.  J’ai remarqué l’entrée du professeur qui arborait une ceinture noire.  Il était trapu, l’air sévère avec une grosse moustache noire et un drôle d’accent.  Je me dis : lui, y vient pas d’icitte.  Puis l’entraînement a débuté et j’ai été impressionné de ressentir l’énergie qui se dégageait des techniques effectuées.  Je découvrais que ce moment de contraction intense, s’appelait le «kime».  Il devenait évident alors, de saisir l’efficacité de ces techniques en combat réel.   J’ai vraiment réalisé alors que c’était ça que je voulais faire.

Emil Pavaliu, l’instructeur à l’époque, 3ème  dan,  nous en a fait baver un coup. Nous commencions la session environ une trentaine d’élèves et à la fin, il restait toujours les mêmes 5 à 6 personnes persévérantes, pour ne pas dire un peu masochistes.  Souvent, au cours de la même soirée, je suivais 2 cours.  De plus, comme le club faisait la promotion du karaté dans d’autres villes, par l’intermédiaire de trois ceintures brunes qui enseignaient à Sainte-Agathe, Val-David, Saint-Sauveur, Saint-Adolphe et Saint-Jovite, j’essayais autant que possible de suivre tous ces cours.
 
J’ai participé à tous les camps d’été à partir de 1981.  J’en ai rarement manqué un.  Ma progression au karaté fut assez rapide jusqu'au 4ème kyu.    J’en ai mangé du karaté !  Oui, j’aimais ça.  

Un jour, ça faisait au moins 18 mois que j’étais 2ème kyu, Emil, mon instructeur, qui était très proche de Sensei Okazaki, m’a informé que celui-ci serait présent à Alma en avril 1984, pour des cliniques et un passage de grade, mais que lui ne pouvait y assister.  Cependant, il voulait que  j’y sois afin  que je me présente pour le grade de shodan.  À cette idée, j’ai  rapidement répondu : «Chu même pas 1er kyu».  Il  m’a donc expliqué que cela faisait suffisamment de temps que j’étais 2e kyu, donc  que j’étais prêt.  À cette période, les passeports n’existaient pas.  Une feuille d’examen ressemblait davantage à une contravention en trois copies.  Emil a signé le formulaire et je me suis rendu au lac Saint-Jean, la fin de semaine en question.  À l’inscription de l’examen, les responsables ne savaient pas quoi faire avec moi, car sur ma feuille, il y était inscrit grade actuel 2ème kyu et grade postulé shodan.  Ils m’ont demandé d’aller voir Sensei Okazaki qui était assisté par M. Jacques Dussault.  J’étais un peu intimidé et même angoissé de me voir refuser l’accès à l’examen.  Sensei Okazaki a regardé la feuille et s’est exclamé : «OOOOOHH ! (interjection japonaise) Emil student !»  Il  a alors barbouillé 2ème kyu et a inscrit 1er kyu.  Donc, j’ai pu me présenter à l’examen.  Selon mon «feeling», tout s’était bien déroulé. En plus, il y avait une compétition de kata, que j’ai remportée à ma grande surprise.   À cette époque, lors de la remise des résultats, les compagnies de bière commanditaient presque tous les événements sportifs.  J’ai donc quitté Alma heureux, tout content avec un grade de shodan en poche et une belle médaille d’or  «Sport  O’keeffe» puis une caisse de 24.

Revenu au dojo, Emil, fier de son élève, m’a chargé d’enseigner aux enfants dans la cafétéria (avec un petit sourire).  Il n’y avait plus assez de place dans le gymnase dû à la popularité grandissante de cette discipline.

Pendant un certain moment, le changement de profession et la maladie ont ralenti ma progression.  Cependant, je me suis repris rapidement en main.  Je voulais rattraper le temps perdu. Hélas, en 1990, ce fut mon premier échec au niveau du Nidan. Pas grave, il faut continuer et le tout a  débloqué 2 ans plus tard.  Par la suite, j’ai passé mon 3ème dan en 1995 et mon 4ème dan en 2000.  J’ai eu la chance  de faire partie de l’équipe du Québec à maintes reprises entre 1996 et 2005.  En combat équipe, nous avons terminé 3e en 1996 et 2e en 2003 à Vancouver.  En 2004, ce fut aussi une 2e place en combat équipe à Moncton. Je me suis toujours amusé en compétition, surtout dans la catégorie sénior.  

J’ai tardé, malgré 5 ans d’éligibilité, à me présenter pour mon Godan.  J’avais presque terminé mon travail écrit.  Malheureusement pour moi, en 2010, la maladie a eu raison de ma colonne vertébrale.  Malgré une reconstruction dorsale, j’aurais aimé continuer à déplacer de l’air et faire vibrer un dojo avec un puissant «fumikomi», mais cela est maintenant impossible.  Tous les instructeurs et karatékas que j’ai côtoyés et qui m’ont permis d’évoluer dans cet art martial, sont devenus de bons amis. Je n’ose nommer personne, de peur d’en oublier, car ils sont nombreux.

Grâce  à la volonté acquise lors des nombreuses années d’entraînement, je peux encore me tenir debout parmi vous, partager mon expérience et quelques fois, arbitrer en compétition.

Bien à vous, ne lâchez pas!

François Gaudreau
Yondan, AKJQ